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Des nanotechnologies dans nos assiettes ?

Nouvelle révolution technique pour les uns, source d’inquiétude pour les autres, les nanos font débat. Mais, au fait, les croisons-nous dans nos assiettes ?

Qu’appelle-t-on nanotechnologies ?

molécule

 

Le terme "nanotechnologie" (ou "nano") désigne un éventail très large de techniques qui ont pour point commun l’utilisation de matériaux ou de composants appartenant à l’univers de l’infiniment petit. On parle ici de tailles de l’ordre du milliardième de mètre (30 000 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu), c’est-à-dire à l’échelle des molécules.

Les applications des nanotechnologies sont nombreuses : il existe déjà des verres, des ciments et des peintures « autonettoyants », on évoque des textiles capables de réagir à la température et des produits cosmétiques intègrent déjà des nanoparticules. La recherche médicale est bien sûr concernée, tant pour les méthodes de diagnostic que pour les traitements.

Dans quels aliments trouve-t-on des « nanos » ?

Il est difficile d’apporter une réponse catégorique à cette question du fait de l’absence d’un registre officiel et public. Par exemple, de la nanosilice est utilisée depuis plusieurs années comme additif antiagglomérant (par exemple dans le sel). Toutefois, il semble bien que les utilisations alimentaires soient pour l’instant très limitées.

Mais les perspectives ne manquent pas… Grâce aux nanos, les industriels pourraient enrichir plus facilement les boissons en arômes ou substances à but nutritionnel. Traditionnellement insolubles dans l’eau, certaines vitamines, une fois « nanoencapsulées », pourraient être ajoutées à votre soda préféré sans en altérer l’aspect. D’autres applications sur la texture des aliments ou le masquage d’odeurs sont évoquées. Aux États-Unis, quelques produits alimentaires ayant impliqué des nanotechnologies sont disponiblessur le marché. Il s’agit principalement de suppléments diététiques.

Mais c’est sans doute avec des emballages « actifs et intelligents » que les nanos pourraient faire leur entrée dans nos cuisines. Des nanoparticules métalliques incluses dans l’emballage permettraient de capter l’oxygène ou de prévenir le développement de germes. De minuscules capteurs situés au contact de l’aliment pourraient détecter d’éventuels agents pathogènes… De quoi augmenter les durées de conservation et limiter les risques d’intoxication alimentaire.

Parmi toutes ces innovations, il reviendra au consommateur de distinguer les avancées réelles et utiles des simples « gadgets » dont l’industrie est si friande.

L’évaluation des risques

Dans l’Union européenne, le Règlement « Novel Food » établit le cadre légal d’autorisation de toute une série de produits « exotiques » (plancton, larves d’insectes…), mais aussi des aliments produits grâce aux nouvelles technologies comme les nanos.

Tout ingrédient sous la forme de nanomatériaux ou tout aliment issu d’un moyen de production utilisant des nanotechnologies devra donc faire l’objet d’une évaluation au niveau communautaire. Avant sa mise sur le marché, il devra prouver son innocuité (études de toxicité prouvant qu’il n’y a pas de danger pour le consommateur). Afin de garantir l’information du consommateur, les nano-ingrédient approuvés seront mentionnés sur l’étiquetage alimentaire.

En ce qui concerne les emballages comprenant des nanomatériaux, l’Autorité européenne de sécurité des aliments sera chargée d’en évaluer la toxicité, comme pour toute nouvelle substance destinée à entrer en contact avec les denrées alimentaires.

En raison de nombreuses zones d’ombre sur les propriétés des nanomatériaux et de leur effet sur la biologie et la santé humaine, la question des risques éventuels pour la santé et l’environnement reste posée. Ainsi, dans son rapport sur les nanotechnologies alimentaires, rendu public le 14 octobre 2008, l’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments pointait de nombreuses incertitudes tant en ce qui concerne la détection des nanoparticules dans l’alimentation que l’évaluation de leurs éventuels effets toxiques.

La plus grande prudence et le choix

En ce qui concerne l’alimentation, compte tenu des incertitudes qui existent sur les conditions d’utilisation et le manque de données sur les conséquences sanitaires, l’utilisation des nanotechnologies paraît prématurée. Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a soutenu la nécessité d’« adapter le cadre législatif européen de manière à assurer une utilisation sûre des nanomatériaux, dans les produits de consommation en particulier, comme la nourriture et les cosmétiques ».

etiquetage nanoDe son côté, le Conseil national de l’alimentation, dans un avis du 19 juin 2009, recommande, concernant les composants et les aliments issus des nouvelles technologies, « qu’en cas d’absence de méthodologie d’évaluation des risques ou de données reconnues comme suffisamment fiables (ce qui est le cas aujourd’hui des nanomatériaux manufacturés), la mise sur le marché de toute denrée alimentaire, additif, arôme, enzyme, emballage et objet au contact des denrées alimentaires issu de ces nouvelles technologies, ne soit pas autorisée ».

Quant à la CLCV, notre association demandait un affichage de la présence de nanotechnologies dans les produits de grande consommation, y compris lorsqu’il s’agit d’additifs « nanos » d’ores et déjà autorisés et utilisés de longue date dans l’Union Européenne.

Depuis le 13 décembre 2014, c’est chose faite, puisque les ingrédients présents sous forme de nano particules doivent être accompagnés de la mention « nano » placée entre crochets ([nano]) dans la liste des ingrédients.